Les députés demandent à l'Europe de protéger ses entreprises face à la concurrence des pays émergents

Article Le Figaro Économie

Jeudi 1 décembre 2011, p. 24

 

 

Le déficit commercial français devrait battre un nouveau record cette année.

ÉCHANGES Les défaillances du commerce extérieur français sont bien connues. Dans un rapport publié hier, les députés de la commission des affaires étrangères les rappellent noir sur blanc : les entreprises françaises sont trop petites pour se lancer à la conquête de marchés à l'international et la compétitivité de nos produits est « rognée par le coût du travail ».

Mais quelles que soient les mesures prises pour remédier à ces deux faiblesses structurelles - et le rapport en propose -, ces « solutions ne pourront fonctionner que dans la mesure où le commerce mondial est régi par des règles identiques pour tous les acteurs ».

Dans ce domaine, rappelle le rapport rédigé sous la houlette du président de la commission, l'UMP Axel Poniatowski, « c'est à l'Union européenne, seule compétente pour définir la politique commerciale, de prendre en compte les préoccupations de nos entreprises ». Or il y aurait fort à faire : si l'Organisation mondiale du commerce (OMC) met en avant le fait que le protectionnisme ne s'est pas généralisé pendant la crise, « force est de constater que la dynamique d'abaissement des barrières est actuellement interrompue ». D'autant que certains pays (Inde, Chine, etc.) qui ont connu une croissance économique spectaculaire depuis dix ans s'abritent encore « derrière le statut protecteur qui leur est octroyé au titre des règles de l'OMC pour développer ensuite une politique commerciale agressive sur nos marchés », tout en refusant « d'être considérés comme des pays industrialisés ». « Il est difficile d'accepter que des entreprises européennes se voient refuser des marchés publics, ou voler certaines innovations, sans que l'UE ne prenne de mesures en retour », s'agacent les députés.

« Principe de réciprocité »

Dès lors, il faut « inciter l'Union européenne à durcir ses positions face aux stratégies commerciales agressives des grands émergents en examinant la possibilité de nouer des accords commerciaux bilatéraux et appliquer le principe de réciprocité dans les domaines liés au commerce international, notamment l'accès aux marchés publics et la protection de la propriété intellectuelle », conclut le rapport. En d'autres termes, notre balance commerciale, dont le déficit devrait atteindre 75 milliards cette année, ne pourra espérer se rééquilibrer que si l'Europe « trop peu protectrice » se bat pour obtenir les mêmes règles du jeu pour les entreprises qui importent leurs produits sur le Vieux Continent que pour celles qui cherchent à exporter vers les nouveaux marchés. Et dans ce contexte, la France doit « mieux faire entendre sa voix » dans les négociations européennes...

Marie Visot

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