«Une loi qui pourrait engendrer des dégâts dans les relations franco-turques»

Interview Libération

Le président (UMP) de la commission des Affaires étrangères à l'Assemblée, Axel Poniatowski, s'abstiendra, jeudi, sur la proposition de loi (UMP) condamnant la négation des génocides, dont le génocide arménien.

Recueilli par Laure Equy

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La proposition de loi, que les députés vont examiner jeudi, déclenche la colère des autorités turques. La négation des génocides - dont celui des Arméniens en 1915, reconnu par une loi française de 2001 mais qu’Ankara récuse toujours - sera puni d’un an de prison et de 45.000 euros d’amende, selon le texte déposé par la députée (UMP) des Bouches-du-Rhône, Valérie Boyer.

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a déjà mis en garde contre des consquénces «irréparables» sur les relations bilatérales, et le président turc, Abdullah Gül, vient de demander à Paris de renoncer à un texte «inacceptable». Depuis plusieurs semaines, Ankara menace la France de sanctions diplomatiques - rappel des ambassadeurs - et commerciales - exclusion des entreprises françaises des marchés publics -, si la proposition de loi est adoptée.

Le groupe UMP à l’Assemblée devrait voter le texte, avait indiqué son président, Christian Jacob, comme le groupe PS et les députés du PCF et du Parti de gauche, même s’ils pointent des «lacunes sérieuses». Mais le malaise était perceptible, ce mardi, à l’Assemblée nationale, où la conférence des présidents a décidé de maintenir la proposition de loi à l’ordre du jour. Le président de l’Assemblée, Bernard Accoyer (UMP) s’est dit «pas personnellement favorable aux lois qui prétendent encadrer l’expression ou le travail des historiens» et le ministre des Relations avec le Parlement, Patrick Ollier, a laissé entendre que le chef de la diplomatie, Alain Juppé, pourrait ne pas être sur les bancs du gouvernement lors de la discussion. Question, officiellement de «disponibilité des ministres». Il pourrait être remplacé par Ollier ou par le Garde des Sceaux, Michel Mercier.

Le président de la commission des Affaires étrangères, l’UMP Axel Poniatowski, «partagé sur l’opportunité de la loi», s’abstiendra jeudi.

Allez-vous voter la propostion de loi?

Je vais m’abstenir car je suis partagé sur l’opportunité de la loi. Il ne s’agit que d’une retranscription d’une disposition européenne datant de 2008 dans la loi française. Le texte condamne la négation des génocides en général, pas spécifiquement celui arménien, il n'est pas dirigé contre les Turcs. Et c’était un engagement pris par Nicolas Sarkozy, en 2007, de faire passer une telle disposition avant la fin de la législature. Je comprends donc que cette proposition de loi passe.

En même temps, je suis réservé sur les dégâts que cela pourrait engendrer dans les relations franco-turques. Nos relations économiques sont excellentes depuis longtemps, mais nos relations politiques sont compliquées -je suis moi-même opposée à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne- et je juge inutile d’en rajouter. 

D’autant que la Turquie pourrait contribuer à la résolution de la crise syrienne.

La Turquie a en effet un rôle très important à jouer dans la complexe question syrienne. Nous avons tout intérêt à en faire un partenaire pour la recherche d’une solution en Syrie et donc à maintenir une relation correcte. 

Vous avez rencontré une délégation de députés turcs à Paris. Que leur avez-vous dit sur la proposition de loi?

J’ai reçu lundi matin la délégation turque, qui a rencontré Alain Juppé [ministère des Affaires étrangères, ndlr] l’après-midi, et devait s’entretenir avec Jean-David Levitte [conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy] ce matin, puis avec Bernard Accoyer [président de l’Assemblée nationale]. J’ai parlé, en tant que président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, et fait valoir le point de vue français. Je leur ai dit que nous comprenions mal le refus persistant des Turcs de reconnaître le génocide en tant que tel et cette approche exclusivement nationaliste turque. Tout peuple doit revisiter son Histoire, ce qu’a fait Jacques Chirac en 1995 et Nicolas Sarkozy à Constantine fin 2007, sur le colonialisme. Mais la délégation est restée sur le sujet de la proposition de loi. 

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a condamné un texte «électoraliste» débattu à quatre mois de l’élection présidentielle...

Je crois qu’il peut y avoir des arrière-pensées de ce type avec ce type de loi. 

Au-delà des relations franco-turques, la question des lois mémorielles est toujours délicate.

J’étais favorable, au nom des droits de l’Homme, à la loi de 2001 qui condamnait le génocide arménien, comme on l’avait fait pour la Shoah et comme nous le ferons peut-être un jour sur le génocide rwandais. Mais aller au-delà c’est aller un peu trop loin. Cette proposition de loi n’est pas indispensable. 

Ankara brandit aussi des menaces de sanctions économiques et commerciales. Qu’en pensez-vous?

Il faut relativiser les choses, il y a toujours une montée en puissance des pressions avant qu’une loi soit votée. Il n’est pas acceptable que nous soyons sous le coup de menaces. Et on parle d’intérêts économiques qui sont également les leurs: les entreprises françaises emploient des dizaines de miliers de Turcs en Turquie. 

Le groupe majoritaire devrait voter le texte selon son président, Christian Jacob. Les députés UMP vous semblent-ils unis?

Le groupe est forcément partagé pour les raisons que j’ai citées. Mais je pense que la loi passera.


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Génocide arménien

Mais de quels dégâts parler vous monsieur Poniatowski ?
Allons-nous mettre nos valeurs démocratiques, républicaines et humaines dans le placard pour ne pas froisser un état criminel ?
On ne peut pas être guidé que par les intérêts commerciaux. C’est honteux
La Turquie menace. Et alors ?
La Turquie menace tout le monde. La Turquie menace la Grèce, le chypre, l’Israël, la Syrie, l’Iraq, l’Iran.
La menace est le seul langage utilisé par l’état turc.
Je vous rappelle que depuis 29 janvier 2001, date à laquelle la France a officiellement reconnu le génocide arménien, les relations économiques et commerciales bilatérales entre la France et la Turquie ont connu un développement considérable.
La Turquie a besoin de la France et n’a donc pas intérêt à mettre en pratique ses menaces. Ses menaces ne servent en réalité qu’à entretenir la flamme du nationalisme en Turquie.

Nous y somme...

Je constate que malheureusement nous y somme, cette loi n'avait rien a faire ici, surtout dans un contexte actuelle, maintenant nous avons la Turquie contre nous, j'ai un ami Turque qui me disait "mais j'ai un copain armenién, je me sent mal a l'aise alors que je n'avais aucun problème auparavant" les politiques sortent de leurs rôle principal pour garder leurs place au chaud. Je trouve cela désolant pour un pays comme le notre.